L'espace de quelques secondes, on se sentirait un peu ridicule. À peine Pepe Imaz vous a-t-il souhaité la bienvenue qu'il ouvre grands les bras et vous enlace. L'«abrazo» dure, au beau milieu du club-house fréquenté par la clientèle très sélect du Puente Romano Resort Beach de Marbella, entre mer et montagne. Ici, c'est une coutume. «Les abrazos unissent les âmes, affirme le conseiller mental et spirituel de Novak Djokovic. Ils apportent de la chaleur, de l'amour, de la compréhension. Plus tu as d'amour en toi, plus tu peux en recevoir.»
Imaz est sorti de l'ombre lors du Masters 1000 de Bercy, en novembre. Un tournoi déterminant pour Djoko, en difficulté depuis sa victoire à Roland-Garros en juin et dont la première place au classement mondial était menacée par Andy Murray. L'enjeu était tel qu'on s'était étonné de l'absence du staff technique du Serbe à Paris. Ses coaches, Marian Vajda et Boris Becker, brillaient par leur absence. Seul l'accompagnait Pepe Imaz, un ancien joueur de tennis ayant créé une académie pour enseigner le tennis par «l'amour et la paix». Sans que la tendance en soit modifiée. Battu en quarts de finale par le Croate Marin Cilic, le Serbe avait perdu son sceptre de numéro 1, après cent vingt-deux semaines de règne.
Le ciel bleu est de retour à Marbella. La veille, un déluge s'est abattu sur l'Andalousie. Sourire ultra bright et bronzage impeccable, Pepe Imaz reçoit dans ce cadre familier. Avant d'entamer deux heures de questions-réponses, le quadragénaire (42 ans) propose : «Prenons quelques instants pour nous connecter. On ne prend pas suffisamment le temps de s'arrêter, de prendre conscience de l'instant présent. Ça transmet de l'énergie.» Il ferme les yeux, inspire, expire. Cela dure deux minutes. Il sourit. La voix est douce. Par instants, Imaz cesse de parler et répète ce rituel pour mieux trouver ses mots. Son regard accroche. Nul doute : le bonhomme a du charisme et du magnétisme.
Pepe Imaz a commencé par coacher Marko, le frère de Novak. Depuis, celui-ci a arrêté sa carrière pro mais a intégré le staff de l?académie de tennis de Pepe Imaz. (P. Merimee/L'Equipe)
Pepe Imaz a commencé par coacher Marko, le frère de Novak. Depuis, celui-ci a arrêté sa carrière pro mais a intégré le staff de l?académie de tennis de Pepe Imaz. (P. Merimee/L'Equipe)
Aussitôt installé, il demande s'il peut enregistrer l'interview et pose son portable à côté du dictaphone. Méfiant, le sulfureux coach mental ? Disons prudent. Pepe Imaz, très sollicité depuis Bercy, prend le temps de choisir ses interlocuteurs par mail et par téléphone, mais cela ne garantit rien. Quelques jours auparavant, un article d'El Mundo ne lui a pas paru fidèle à ses propos. Il nous a prévenus : s'il perçoit de mauvaises vibrations, l'entretien n'aura pas lieu.
C'est par l'intermédiaire de Marko Djokovic que Pepe Imaz a noué contact avec le clan Djokovic, en 2012. À cette époque, la carrière du frère cadet de Novak, alors englué au-delà de la 600e place mondiale, ne décolle pas. Marko sombre dans la dépression. C'est alors qu'il fait la rencontre de Pepe Imaz par l'intermédiaire de Carlos Gomez, joueur espagnol côtoyé sur des tournois mineurs. «Le mal-être de Marko durait depuis deux ans, nous explique Imaz. Il pensait qu'il ne valait rien et décevait son entourage. On a travaillé toute une semaine exclusivement sur l'aspect émotionnel. L'amour qu'il a trouvé en lui-même a commencé à produire ses effets.» Ceux-ci seront personnels plus que sportifs. Marko Djokovic ne deviendra pas un grand joueur et mettra même un terme à sa carrière en 2014. Mais il a trouvé la paix et l'équilibre. Lors de notre visite à Marbella, nous l'avons d'ailleurs croisé, tout sourire. Depuis septembre 2015, Marko Djokovic fait en effet partie du staff de l'Académie Imaz.
«Tu veux m'appeler gourou ? Appelle-moi gourou. Je suis un être humain divin et merveilleux qui veut se reconnecter à sa lumière»
C'est cette transformation du moral de son frère qui a d'abord impressionné et intrigué Novak. Le clan familial est essentiel pour le Serbe. Imaz l'a bien compris. «L'implication émotionnelle de la fratrie est merveilleuse», s'extasie-t-il, en contant une anecdote : «Je reviens de Monaco, où la famille était réunie, et j'ai vu l'harmonie, l'union, l'absence de jugement et la volonté de partage qui règnent entre Novak, Marko et Djordje. C'est un régal.»
C'est à partir de la fin 2013 que l'ancien 148e mondial (un 2e tour à Roland-Garros en 1998) s'était rapproché de «Nole». Celui-ci, après une année 2011 l'ayant propulsé au sommet du tennis mondial (victoires en Australie, à Wimbledon et à l'US Open), avait eu du mal à perpétuer cette domination (4 défaites en finale de Grand Chelem en 2012 et 2013). Peu à peu, Imaz s'était alors installé auprès du champion, jusqu'à devenir un membre à part entière du cercle rapproché. Une collaboration «mentale et spirituelle» qui allait de pair avec la préparation tennistique assurée depuis toujours par le coach historique, le Slovaque Marian Vajda, lui-même rejoint en janvier 2014 par l'Allemand Boris Becker.
Jusqu'au Roland-Garros de juin dernier, l'équipage, un peu baroque, a fait merveille. Six titres majeurs en trois ans, une place de numéro 1 mondial récupérée depuis juillet 2014 et un Grand Chelem (en deux ans) réalisé entre Wimbledon 2015 et Roland-Garros 2016. Des résultats qui ont tenu les incompréhensions en sourdine : car, en réalité, jamais Vajda et Becker n'ont accepté la proximité de l'Espagnol avec le Serbe. Début décembre, «Boum Boum» a d'ailleurs fini par rendre son tablier. Sans cracher dans la soupe, mais en affirmant tout de même (à Sky News) que Djokovic, devenu père en 2015, et sans doute victime de décompression après avoir enfin atteint son Graal à Roland-Garros, ne «passait plus assez de temps à l'entraînement». Les supporters du Serbe ont été plus directs dans leur appréciation de cette rupture : sur internet, une pétition en ligne demande le départ d'Imaz, jugé responsable des mauvais résultats actuels de Djoko.
La présence d'Imaz aux Masters de Londres, mi-novembre, n'empêchera pas Djokovic de plier face à Andy Murray en finale. Trois semaines plus tard, le Serbe et Boris Becker mettront fin à leur collaboration.
La présence d'Imaz aux Masters de Londres, mi-novembre, n'empêchera pas Djokovic de plier face à Andy Murray en finale. Trois semaines plus tard, le Serbe et Boris Becker mettront fin à leur collaboration.
C'est que l'Espagnol irrite et bouscule les habitudes du milieu. La presse espagnole le présente souvent comme un gourou, proche de personnalités du show-business (Julio Iglesias serait l'un de ses clients). Pepe Imaz assure que ce terme péjoratif ne l'atteint pas : «Tu veux m'appeler gourou ? Appelle-moi gourou. Un fou ? Très bien ! Que veux-tu que j'y fasse ? L'étiquette, ce n'est pas moi qui la colle. Je poursuis ma route dans ma vérité, avec de l'amour dans mes actes de tous les jours. Comme chacun d'entre nous, je suis un être humain divin et merveilleux qui veut se reconnecter à sa lumière.» On imagine bien l'effet de ce genre de discours sur un Boum Boum Becker...
Perché, Imaz ? Possible. Habité ? C'est une certitude. Pourtant, ses conseils ont pour socle son expérience et son vécu de joueur. «Le sport de haut niveau, c'est 70 % de mental. Or, le ratio entre les heures d'entraînement et le travail émotionnel est complètement déséquilibré. Ce travail intérieur est déterminant. Ce n'est pas une question de deux heures par semaine, mais de chaque instant.» La peur de perdre, de décevoir son entourage et soi-même, la recherche constante de preuves d'amour et d'attention, Imaz connaît, lui qui a achevé sa carrière à 24 ans avec seulement neuf matches de simple au compteur sur le grand circuit (dont six défaites). «Une part d'ego est absolument nécessaire pour nous protéger, sinon tout nous serait égal, explique-t-il. Mais cet ego positif représente 5 % de nous-même, le reste de l'ego nous pousse à vouloir dominer l'autre. Cela n'apporte rien, au contraire. Ça te détruit et te pousse vers le précipice. »
Pepe Imaz assure qu'il n'avait pas prévu de devenir coach mental. Cela s'est imposé à lui. «Après ma carrière, j'ai pris en charge de jeunes tennismen pour l'aspect émotionnel. Par le bouche-à-oreille, j'ai été de plus en plus sollicité. Je résistais. Je ne me sentais pas habilité mais on m'a finalement convaincu.» Sans formation universitaire en psychologie, il s'instruit auprès de spécialistes, dévore tout ce qui a trait à l'autosuggestion, aux énergies et à la spiritualité. Mais la clef de voûte réside dans son histoire personnelle. Parti de sa Rioja natale à neuf ans pour intégrer une école de tennis à Barcelone, Imaz devient joueur professionnel mais aussi boulimique. Une hospitalisation à la suite d'un malaise bouleverse son existence : «C'était terrible, je n'avais plus envie de vivre. La vie est un cadeau incroyable que je repoussais.»
La renaissance passera par une rencontre. Dans l'ascenseur qui le mène chez sa psychologue, il croise Siham, une Libanaise d'une cinquantaine d'années dont on ne saura pas beaucoup plus. « La vie l'a mise sur mon chemin pour m'ouvrir la porte vers l'amour, raconte-t-il, ému. Je ne crois pas aux hasards mais aux interconnexions. » Cette introspection est le thème de son recueil la Gran Verdad (la Grande Vérité), disponible gratuitement sur son site. « C'est autobiographique à 90 %, tempère-t-il. Me dénuder en public n'est pas un problème, mais je ne veux pas tout révéler par respect pour ma mère, qui vit toujours en Espagne. »
Imaz devient joueur professionnel mais aussi boulimique. Une hospitalisation à la suite d'un malaise bouleverse son existence
La retranscription de ce parcours initiatique est déroutante et conforte ceux qui ne voient en lui qu'un illuminé et un charlatan. De son propre aveu, même ses proches ont été choqués. Au fil des pages, on trouve des allusions très claires à la société secrète comploteuse des «Illuminati», au spécialiste de la réincarnation Brian Weiss, à Gregg Braden, qui affirme que l'inversion des polarités magnétiques de la Terre ainsi que les émotions humaines modifieraient l'ADN, et à David Icke, ancien footballeur et journaliste sportif à la BBC, convaincu que les reptiliens humanoïdes dirigent le monde. De plus, Imaz s'inspire pour une large part de la loi de l'attraction d'Esther Hicks, théorie selon laquelle les événements de la vie d'un individu correspondent aux vibrations d'amour qu'il dégage. «Chacun a sa façon de verbaliser, c'est ma vision des choses et je ne force personne à me croire. Ce que je nomme “Catorce”, archange qui s'oppose à la lumière de Dieu, tu peux l'appeler peur ou énergie obscure. Il faut donc travailler sur soi pour que la lumière triomphe grâce à l'amour que nous devons trouver en nous-mêmes.»
Imaz en est convaincu : pour accéder à «sa propre oasis de lumière», il faut fonder ses actes sur l'amour, le respect, l'acceptation, la compassion et la compréhension. Ces préceptes de vie ont séduit des joueurs et joueuses en quête d'une approche différente, comme Pablo Andujar (32e mondial en 2015, retombé à la 432e place après une blessure à l'épaule), Santiago Giraldo (28e mondial en 2014, actuellement 91e), Daniela Hantuchova (5e mondiale en 2003, aujourd'hui 228e) et évidemment son étendard, Novak Djokovic. Pourtant, le coach de Marbella reste modeste quant à son rôle. «Je refuse de m'attribuer l'évolution du mental de Nole. Je l'ai juste aidé à prendre conscience, en partageant avec lui ce qui m'a aidé. C'est lui, sa vie, son univers.» Imaz n'a ainsi rien à voir avec le régime sans gluten que Djokovic observe depuis 2010 : «C'est son choix. S'il n'avait ressenti aucun bienfait, il aurait arrêté.»
S'il ne parle jamais d'argent, il est certain que Pepe Imaz est confortablement rémunéré. Mais son statut renforcé auprès de Djokovic ne lui a pas fait renoncer à son académie : installé depuis dix-sept ans à Marbella, il développe le programme solidaire «Amor y Paz». Sa véritable fierté. Son slogan inscrit dans un cœur s'affiche sur tous ses vêtements, de la veste aux chaussures, jusqu'au pendentif autour de son cou. Inspiré des programmes destinés aux enfants défavorisés mis en place par le All England Club de Wimbledon, «Amor y Paz» fonctionne gratuitement tous les week-ends depuis un an. La pédagogie d'Imaz se veut ludique et intuitive, évidemment loin des standards. Les parents ont l'obligation d'accompagner leurs enfants et de participer à la séance raquette en main. «En jouant avec leur enfant, ils se rendent compte de la complexité technique. Les familles reçoivent des messages d'amour et de paix ensemble. Ça développe la compréhension mutuelle. C'est de la lumière qui entre dans les foyers», s'extasie-t-il.
Partager, apporter, transmettre : Pepe Imaz assure ne pas faire de prosélytisme. «Qui suis-je pour convaincre ? Le chemin de l'amour aide à grandir. Cependant, ça ne doit pas être une démarche intéressée destinée à remplir des objectifs matériels, mais une volonté de trouver en soi sa source de lumière.» En cela, son élève le plus connu fait figure de disciple modèle. «Le cœur que Novak a gravé sur la terre battue de Roland-Garros après sa victoire en finale était destiné à chacun d'entre nous, pas uniquement à moi ou à Gustavo Kuerten. Ce cœur est né du plus profond de lui. Et c'est pour ça que c'était vraiment magique.»
J'en suis pas si sur , il dit ça pour qu'on le laisse tranquille mais on sait très bien que quand il n'arrivera plus a être au top il en aura marre et se frustrera . Il arrêtera à ce moment je pense
On verra. En tout cas j'ai lu quelques extraits de l'interview de Pepe machin, c'est effrayant de bêtises. J'espère que Djokovic va vite dégager ce guignol.
Je ne le pense pas capable de vieillir aussi bien que Roger. Le physique a une part prépondérante dans sont jeu (vitesse, flexibilité), et une perte meme marginale dans ses capacités physiques ne feront plus de lui le meme joueur. On le voit un peu déja...
C'est mon avis perso, pas la peine de taper hein ! xD
Bien sur qu'il peut joue juste à 40 ans, rien de l’empêche, après de la à joue encore des titre en chelem ou M1000 à 40 ans la c'est une autre histoire.
Je pense surtout que ce type est un cafard qui n'est là que pour la tunes , ils suffit de lire que le mec ne traîne qu'avec des célébrités . Et si il est ajd avec Novak c'est seulement parce que son frère à gober tout ça , du coup ben Novak aussi . Mais ce mec ne sert à rien j'en suis persuader . Il me fait surtout penser au don king de Tyson , avec tout de même moins de mauvaise intention mais voilà quoi , des tunes des tunes des tunes ...
Moi je pense que Pepe Inaze est inutile, mais que finalement Becker ne l'était pas beaucoup moins (même si je ne peux pas le démontrer car c'est un jugement personnel). Il faut que Djokovic comprenne que le magicien et le génie qui pourra lui faire atteindre la plénitude tennistique, ce n'est pas Imaz ou un autre, c'est lui-même. Il faut qu'il se limite à lui et Vajda, qu'il se concentre sur son tennis, et qu'il ne perde plus de temps car mine de rien il n'est plus si jeune
Je trouve cet article intéressant Tj, il ne force personne à suivre sa voie, il n'impose pas un idéal dans lequel il faudrait absolument être pour gagner, il explique simplement sa perception du tennis. Certes, c'est quelque chose de peu commun. Tu adhères ou non mais tu ne peux pas le juger. Si Djoko l'a choisi, il y a peut être une raison...
@theretorker euh ce n'est pas comme ci il avait perdu du temps non plus . Ça faisait 5 ans qu'il dominait , on peut pas lui reprocher de ne pas avoir fait les grand chelem à chaque fois non plus , il pouvait pas faire mieux que ce qu'il a fait, c'est pas comme ci il n'y avait pas d'adversaire en face .
De plus il a beaucoup perdu de temps je trouve en 2009/2010, avec ses changements de clan, son raté de changement de geste au service, ses essais avec Todd Martin, Fibak etc
L'espace de quelques secondes, on se sentirait un peu ridicule. À peine Pepe Imaz vous a-t-il souhaité la bienvenue qu'il ouvre grands les bras et vous enlace. L'«abrazo» dure, au beau milieu du club-house fréquenté par la clientèle très sélect du Puente Romano Resort Beach de Marbella, entre mer et montagne. Ici, c'est une coutume. «Les abrazos unissent les âmes, affirme le conseiller mental et spirituel de Novak Djokovic. Ils apportent de la chaleur, de l'amour, de la compréhension. Plus tu as d'amour en toi, plus tu peux en recevoir.»
Imaz est sorti de l'ombre lors du Masters 1000 de Bercy, en novembre. Un tournoi déterminant pour Djoko, en difficulté depuis sa victoire à Roland-Garros en juin et dont la première place au classement mondial était menacée par Andy Murray. L'enjeu était tel qu'on s'était étonné de l'absence du staff technique du Serbe à Paris. Ses coaches, Marian Vajda et Boris Becker, brillaient par leur absence. Seul l'accompagnait Pepe Imaz, un ancien joueur de tennis ayant créé une académie pour enseigner le tennis par «l'amour et la paix». Sans que la tendance en soit modifiée. Battu en quarts de finale par le Croate Marin Cilic, le Serbe avait perdu son sceptre de numéro 1, après cent vingt-deux semaines de règne.
Le ciel bleu est de retour à Marbella. La veille, un déluge s'est abattu sur l'Andalousie. Sourire ultra bright et bronzage impeccable, Pepe Imaz reçoit dans ce cadre familier. Avant d'entamer deux heures de questions-réponses, le quadragénaire (42 ans) propose : «Prenons quelques instants pour nous connecter. On ne prend pas suffisamment le temps de s'arrêter, de prendre conscience de l'instant présent. Ça transmet de l'énergie.» Il ferme les yeux, inspire, expire. Cela dure deux minutes. Il sourit. La voix est douce. Par instants, Imaz cesse de parler et répète ce rituel pour mieux trouver ses mots. Son regard accroche. Nul doute : le bonhomme a du charisme et du magnétisme.
Pepe Imaz a commencé par coacher Marko, le frère de Novak. Depuis, celui-ci a arrêté sa carrière pro mais a intégré le staff de l?académie de tennis de Pepe Imaz. (P. Merimee/L'Equipe)
Pepe Imaz a commencé par coacher Marko, le frère de Novak. Depuis, celui-ci a arrêté sa carrière pro mais a intégré le staff de l?académie de tennis de Pepe Imaz. (P. Merimee/L'Equipe)
Aussitôt installé, il demande s'il peut enregistrer l'interview et pose son portable à côté du dictaphone. Méfiant, le sulfureux coach mental ? Disons prudent. Pepe Imaz, très sollicité depuis Bercy, prend le temps de choisir ses interlocuteurs par mail et par téléphone, mais cela ne garantit rien. Quelques jours auparavant, un article d'El Mundo ne lui a pas paru fidèle à ses propos. Il nous a prévenus : s'il perçoit de mauvaises vibrations, l'entretien n'aura pas lieu.
C'est par l'intermédiaire de Marko Djokovic que Pepe Imaz a noué contact avec le clan Djokovic, en 2012. À cette époque, la carrière du frère cadet de Novak, alors englué au-delà de la 600e place mondiale, ne décolle pas. Marko sombre dans la dépression. C'est alors qu'il fait la rencontre de Pepe Imaz par l'intermédiaire de Carlos Gomez, joueur espagnol côtoyé sur des tournois mineurs. «Le mal-être de Marko durait depuis deux ans, nous explique Imaz. Il pensait qu'il ne valait rien et décevait son entourage. On a travaillé toute une semaine exclusivement sur l'aspect émotionnel. L'amour qu'il a trouvé en lui-même a commencé à produire ses effets.» Ceux-ci seront personnels plus que sportifs. Marko Djokovic ne deviendra pas un grand joueur et mettra même un terme à sa carrière en 2014. Mais il a trouvé la paix et l'équilibre. Lors de notre visite à Marbella, nous l'avons d'ailleurs croisé, tout sourire. Depuis septembre 2015, Marko Djokovic fait en effet partie du staff de l'Académie Imaz.
«Tu veux m'appeler gourou ? Appelle-moi gourou. Je suis un être humain divin et merveilleux qui veut se reconnecter à sa lumière»
C'est cette transformation du moral de son frère qui a d'abord impressionné et intrigué Novak. Le clan familial est essentiel pour le Serbe. Imaz l'a bien compris. «L'implication émotionnelle de la fratrie est merveilleuse», s'extasie-t-il, en contant une anecdote : «Je reviens de Monaco, où la famille était réunie, et j'ai vu l'harmonie, l'union, l'absence de jugement et la volonté de partage qui règnent entre Novak, Marko et Djordje. C'est un régal.»
C'est à partir de la fin 2013 que l'ancien 148e mondial (un 2e tour à Roland-Garros en 1998) s'était rapproché de «Nole». Celui-ci, après une année 2011 l'ayant propulsé au sommet du tennis mondial (victoires en Australie, à Wimbledon et à l'US Open), avait eu du mal à perpétuer cette domination (4 défaites en finale de Grand Chelem en 2012 et 2013). Peu à peu, Imaz s'était alors installé auprès du champion, jusqu'à devenir un membre à part entière du cercle rapproché. Une collaboration «mentale et spirituelle» qui allait de pair avec la préparation tennistique assurée depuis toujours par le coach historique, le Slovaque Marian Vajda, lui-même rejoint en janvier 2014 par l'Allemand Boris Becker.
Jusqu'au Roland-Garros de juin dernier, l'équipage, un peu baroque, a fait merveille. Six titres majeurs en trois ans, une place de numéro 1 mondial récupérée depuis juillet 2014 et un Grand Chelem (en deux ans) réalisé entre Wimbledon 2015 et Roland-Garros 2016. Des résultats qui ont tenu les incompréhensions en sourdine : car, en réalité, jamais Vajda et Becker n'ont accepté la proximité de l'Espagnol avec le Serbe. Début décembre, «Boum Boum» a d'ailleurs fini par rendre son tablier. Sans cracher dans la soupe, mais en affirmant tout de même (à Sky News) que Djokovic, devenu père en 2015, et sans doute victime de décompression après avoir enfin atteint son Graal à Roland-Garros, ne «passait plus assez de temps à l'entraînement». Les supporters du Serbe ont été plus directs dans leur appréciation de cette rupture : sur internet, une pétition en ligne demande le départ d'Imaz, jugé responsable des mauvais résultats actuels de Djoko.
La présence d'Imaz aux Masters de Londres, mi-novembre, n'empêchera pas Djokovic de plier face à Andy Murray en finale. Trois semaines plus tard, le Serbe et Boris Becker mettront fin à leur collaboration.
La présence d'Imaz aux Masters de Londres, mi-novembre, n'empêchera pas Djokovic de plier face à Andy Murray en finale. Trois semaines plus tard, le Serbe et Boris Becker mettront fin à leur collaboration.
C'est que l'Espagnol irrite et bouscule les habitudes du milieu. La presse espagnole le présente souvent comme un gourou, proche de personnalités du show-business (Julio Iglesias serait l'un de ses clients). Pepe Imaz assure que ce terme péjoratif ne l'atteint pas : «Tu veux m'appeler gourou ? Appelle-moi gourou. Un fou ? Très bien ! Que veux-tu que j'y fasse ? L'étiquette, ce n'est pas moi qui la colle. Je poursuis ma route dans ma vérité, avec de l'amour dans mes actes de tous les jours. Comme chacun d'entre nous, je suis un être humain divin et merveilleux qui veut se reconnecter à sa lumière.» On imagine bien l'effet de ce genre de discours sur un Boum Boum Becker...
Perché, Imaz ? Possible. Habité ? C'est une certitude. Pourtant, ses conseils ont pour socle son expérience et son vécu de joueur. «Le sport de haut niveau, c'est 70 % de mental. Or, le ratio entre les heures d'entraînement et le travail émotionnel est complètement déséquilibré. Ce travail intérieur est déterminant. Ce n'est pas une question de deux heures par semaine, mais de chaque instant.» La peur de perdre, de décevoir son entourage et soi-même, la recherche constante de preuves d'amour et d'attention, Imaz connaît, lui qui a achevé sa carrière à 24 ans avec seulement neuf matches de simple au compteur sur le grand circuit (dont six défaites). «Une part d'ego est absolument nécessaire pour nous protéger, sinon tout nous serait égal, explique-t-il. Mais cet ego positif représente 5 % de nous-même, le reste de l'ego nous pousse à vouloir dominer l'autre. Cela n'apporte rien, au contraire. Ça te détruit et te pousse vers le précipice. »
Pepe Imaz assure qu'il n'avait pas prévu de devenir coach mental. Cela s'est imposé à lui. «Après ma carrière, j'ai pris en charge de jeunes tennismen pour l'aspect émotionnel. Par le bouche-à-oreille, j'ai été de plus en plus sollicité. Je résistais. Je ne me sentais pas habilité mais on m'a finalement convaincu.» Sans formation universitaire en psychologie, il s'instruit auprès de spécialistes, dévore tout ce qui a trait à l'autosuggestion, aux énergies et à la spiritualité. Mais la clef de voûte réside dans son histoire personnelle. Parti de sa Rioja natale à neuf ans pour intégrer une école de tennis à Barcelone, Imaz devient joueur professionnel mais aussi boulimique. Une hospitalisation à la suite d'un malaise bouleverse son existence : «C'était terrible, je n'avais plus envie de vivre. La vie est un cadeau incroyable que je repoussais.»
La renaissance passera par une rencontre. Dans l'ascenseur qui le mène chez sa psychologue, il croise Siham, une Libanaise d'une cinquantaine d'années dont on ne saura pas beaucoup plus. « La vie l'a mise sur mon chemin pour m'ouvrir la porte vers l'amour, raconte-t-il, ému. Je ne crois pas aux hasards mais aux interconnexions. » Cette introspection est le thème de son recueil la Gran Verdad (la Grande Vérité), disponible gratuitement sur son site. « C'est autobiographique à 90 %, tempère-t-il. Me dénuder en public n'est pas un problème, mais je ne veux pas tout révéler par respect pour ma mère, qui vit toujours en Espagne. »
Imaz devient joueur professionnel mais aussi boulimique. Une hospitalisation à la suite d'un malaise bouleverse son existence
La retranscription de ce parcours initiatique est déroutante et conforte ceux qui ne voient en lui qu'un illuminé et un charlatan. De son propre aveu, même ses proches ont été choqués. Au fil des pages, on trouve des allusions très claires à la société secrète comploteuse des «Illuminati», au spécialiste de la réincarnation Brian Weiss, à Gregg Braden, qui affirme que l'inversion des polarités magnétiques de la Terre ainsi que les émotions humaines modifieraient l'ADN, et à David Icke, ancien footballeur et journaliste sportif à la BBC, convaincu que les reptiliens humanoïdes dirigent le monde. De plus, Imaz s'inspire pour une large part de la loi de l'attraction d'Esther Hicks, théorie selon laquelle les événements de la vie d'un individu correspondent aux vibrations d'amour qu'il dégage. «Chacun a sa façon de verbaliser, c'est ma vision des choses et je ne force personne à me croire. Ce que je nomme “Catorce”, archange qui s'oppose à la lumière de Dieu, tu peux l'appeler peur ou énergie obscure. Il faut donc travailler sur soi pour que la lumière triomphe grâce à l'amour que nous devons trouver en nous-mêmes.»
Imaz en est convaincu : pour accéder à «sa propre oasis de lumière», il faut fonder ses actes sur l'amour, le respect, l'acceptation, la compassion et la compréhension. Ces préceptes de vie ont séduit des joueurs et joueuses en quête d'une approche différente, comme Pablo Andujar (32e mondial en 2015, retombé à la 432e place après une blessure à l'épaule), Santiago Giraldo (28e mondial en 2014, actuellement 91e), Daniela Hantuchova (5e mondiale en 2003, aujourd'hui 228e) et évidemment son étendard, Novak Djokovic. Pourtant, le coach de Marbella reste modeste quant à son rôle. «Je refuse de m'attribuer l'évolution du mental de Nole. Je l'ai juste aidé à prendre conscience, en partageant avec lui ce qui m'a aidé. C'est lui, sa vie, son univers.» Imaz n'a ainsi rien à voir avec le régime sans gluten que Djokovic observe depuis 2010 : «C'est son choix. S'il n'avait ressenti aucun bienfait, il aurait arrêté.»
S'il ne parle jamais d'argent, il est certain que Pepe Imaz est confortablement rémunéré. Mais son statut renforcé auprès de Djokovic ne lui a pas fait renoncer à son académie : installé depuis dix-sept ans à Marbella, il développe le programme solidaire «Amor y Paz». Sa véritable fierté. Son slogan inscrit dans un cœur s'affiche sur tous ses vêtements, de la veste aux chaussures, jusqu'au pendentif autour de son cou. Inspiré des programmes destinés aux enfants défavorisés mis en place par le All England Club de Wimbledon, «Amor y Paz» fonctionne gratuitement tous les week-ends depuis un an. La pédagogie d'Imaz se veut ludique et intuitive, évidemment loin des standards. Les parents ont l'obligation d'accompagner leurs enfants et de participer à la séance raquette en main. «En jouant avec leur enfant, ils se rendent compte de la complexité technique. Les familles reçoivent des messages d'amour et de paix ensemble. Ça développe la compréhension mutuelle. C'est de la lumière qui entre dans les foyers», s'extasie-t-il.
Partager, apporter, transmettre : Pepe Imaz assure ne pas faire de prosélytisme. «Qui suis-je pour convaincre ? Le chemin de l'amour aide à grandir. Cependant, ça ne doit pas être une démarche intéressée destinée à remplir des objectifs matériels, mais une volonté de trouver en soi sa source de lumière.» En cela, son élève le plus connu fait figure de disciple modèle. «Le cœur que Novak a gravé sur la terre battue de Roland-Garros après sa victoire en finale était destiné à chacun d'entre nous, pas uniquement à moi ou à Gustavo Kuerten. Ce cœur est né du plus profond de lui. Et c'est pour ça que c'était vraiment magique.»
C'est mon avis perso, pas la peine de taper hein ! xD