Pourquoi Roland Garros nous réserve des surprises cette année
L'édition 2014 de Roland Garros débute ce dimanche sur la terre battue parisienne. Les choses sérieuses commencent donc, le tour de chauffe sur terre battue est terminé. Un tour de chauffe qui a livré de multiples enseignements sur le Circuit ATP, dont celui que les choses n'ont plus semblé aussi indécises depuis bien longtemps. La hiérarchie de la surface ocre a été largement mise à mal ces dernières semaines et la surprise semble donc possible sur les courts de la Porte d'Auteuil. Voyons pourquoi.
Parce que trois joueurs différents ont remporté les trois Masters 1000 sur terre battue
Ce n'était jamais arrivé sous cette appellation, et il faut remonter à la saison 2004 pour en être témoin sous le nom "Masters Series". A l'époque, c'était Hambourg, non Madrid, qui formait avec Rome et Monte-Carlo les trois principaux tournois préparant à Roland Garros. Les vainqueurs s'appelaient alors Guillermo Coria, Carlos Moya et Roger Federer. Et, cette année là, c'était un quatrième larron, Gaston Gaudio, qui avait au final remporté les Internationaux de France, à la surprise quasi-générale.
Et si l'histoire se répétait...
Parce que Nadal n'a jamais aussi peu gagné sur terre battue
Bien entendu, ses résultats restent plus que corrects. Mais, pour le tenant du titre et octuple vainqueur du tournoi parisien, ils sont bien en deçà de ses standards habituels. Outre qu'il n'ait remporté qu'un seul Masters 1000 sur cette surface en 2014 (sa moyenne, depuis 2005, est de remporter 1,9 de ces tournois par an), il a, pour la première fois de sa carrière, perdu un match à Barcelone (auparavant, il avait toujours remporté le tournoi, sauf en 2010, mais il était forfait). Son ratio victoire/défaite sur terre battue avant Roland-Garros est de 18/3, soit 86% de victoire. Excellent certes, mais clairement en dessous du 31/2 de l'an dernier (93,5%), du 22/1 (95,7%) de 2009, année de son unique défaite sur l'ocre parisien, ou même du 17/2 de 2011 (89,5%), lorsque Novak Djokovic lui avait déjà rendu la vie si difficile.
En clair, l'appétit de l'ogre semblerait un peu commencer à caler.
Parce que les grosses surprises se sont multipliées
Il y a les “petites” surprises. David Ferrer qui bat Nadal sur terre battue, pour la première fois depuis que son compatriote est en âge de voter. Ou Stanislas Wawrinka qui bat Roger Federer, pour la deuxième fois en quinze rencontre, la première depuis 2009. Une autre année, elles auraient été bien plus surprenantes. Mais cette année, il y en a eu beaucoup du même acabit.
Parmi ceux qui participaient aux ATP Finals en 2013, seul Novak Djokovic n'a pas perdu face à moins bien classé plus d'une fois (défaite face à Federer à Monte-Carlo). Nadal s'est ainsi incliné face à son dauphin, face à Ferrer... et surtout face à Nicolas Almagro, tombé hors du top 20, et face auquel il restait sur 10 défaites en 10 confrontations. Wawrinka, quant à lui, a perdu à Rome face à l'expérimenté Tommy Haas, 36 ans et 19ème mondial, mais surtout face au jeune Dominic Thiem à Madrid, même pas 60ème mondial à ce moment-là, et ce dès le premier tour. Roger Federer a été défait par Jerermy Chardy d'entrée de jeu à Rome. Ferrer a chuté devant Teymuraz Gabashvili (57ème mondial) à Barcelone, puis devant Kei Nishikori à Madrid. Berdych a perdu face à Guillermo Garcia-lopez, Carlos Berlocq et Grigor Dimitrov, respectivement 38ème, 49ème et 14ème mondiaux. Enfin, Andy Murray s'est incliné à Barcelone contre Santiago Giraldo, passé de la 70ème à la 36ème place à l'issue du tournoi...
Aucun membre de l'élite mondiale n'a donc su se mettre à l'abri des contre-performances cette année.
Parce que cetains jeunes ont les dents longues
A l'inverse de la “vieille garde”, les joueurs qui sont annoncés depuis déjà quelques années comme des futurs top 10, voire des futurs vainqueurs de tournois majeurs, confirment sur terre battue tout le bien que l'on pense d'eux. Les meilleurs exemples en sont Grigor Dimitrov, Milos Raonic et Kei Nishikori. Trois joueurs âgés de 23 à 24 ans et classés de la neuvième à la quatorzième place mondiale.
Le premier a remporté Bucarest, a seulement perdu face à Ferrer à Monte-Carlo, face à Berdych à Madrid et en demies face à Nadal à Rome. Le second, un peu moins impressionnant mais qui n'était pas attendu à ce niveau sur terre battue, a atteint les demies à Rome, où il a poussé Djokovic dans ses retranchements. Enfin, le troisième a remporté Barcelone en profitant des défaites prématurées de Ferrer et Nadal, et s'est surtout hissé en finale à Madrid après s'être défait de David Ferrer en demie. Il menait même 6/2, 4/2 face à Nadal, avant d'être rattrapé par des problèmes physiques et de devoir abandonner dans la troisième manche. La plupart des observateurs, y compris Toni Nadal lui-même, estiment qu'il aurait sans nul doute remporté le match sans ces malheureux pépins physiques.
Bref, la porte semble donc ouverte
En résumé, les choses s’annoncent très ouvertes cette année du côté de la porte d'Auteuil. Mais soyons prudent avant d'affirmer que ce ne sera pas un Nadal, un Djokovic ou un Federer qui remportera le tournoi. Si, jusqu'à Rome, le niveau de jeu affiché par les meilleurs n'avait rien d'impressionnant, les prestations de Nadal face à Murray, puis de Djokovic face à Nadal dans la ville éternelle ont assurément changé la donne. Enfin, n'oublions pas qu'au meilleur des cinq sets, les monstres d'endurance et de régularité que sont les cadors du circuit auront un avantage supplémentaire.
Nadal? Non : tout en étant l'ogre de la surface qu'il est, il semble moins béton physiquement que les dernières années. Je le vois tomber en huitièmes ou quarts face à des joueurs qui n'ont rien à perdre.
Djokovic? C'est certainement celui qui a le plus de chances de gagner. Parce qu'il n'a pas eu de défaite surprise cette année (des Wawrinka et Federer très en forme), parce qu'il est régulier, je le vois arriver au moins jusqu'en finale, pour s'y faire arrêter pourquoi pas par Wawrinka ou Nadal. C'est cependant le seul tournoi du GC qui lui manque et il en a cruellement envie.
Wawrinka, lui, tarde à confirmer sa réussite à l'OA. Il a certes remporté un Masters 1000 sur la surface, en se défaisant notamment de Federer, mais ses défaites prématurées nous font douter de ses capacités à passer les premiers tours. Même au meilleur de 5 sets, dans un tournoi du GC où il donnera le meilleur de lui-même, et il l'a dit, je ne le vois pas arriver au-delà des quarts.
Federer semble en pleine confiance. Le Maestro, qu'on donnait pour retraité l'an dernier, a relevé la tête. C'est un des joueurs les plus en formes de la saison et n'a pas un tableau trop difficile (Gulbis et Berdych qui sont largement prenables).
Ferrer et Berdych ne sont pas spécialement en forme. Ils peuvent très bien tomber dans les premiers tours face à des joueurs quasi inconnus. Del Potro, lui, est absent...
Raonic : très en forme et peut aller loin. Il s'approche depuis peu des plus grands (a poussé Novak jusqu'à ses retranchements récemment). Son coup d'éclat sonnera-t-il à RG? Difficile : au meilleur des cinq sets, on voit mal le Canadien assez endurant pour bouleverser ses aînés les plus expérimentés.
De même pour Nishikori et Dimitrov : leurs physiques relativement frêles (cf abandon en finale pour le Japonais, les crampes récurrentes du Bulgare) me laissent sceptiques quant à une victoire face à un membre du top 4, c'est-à-dire qu'ils iront en quarts au max.
Fognini : a confirmé son potentiel sur les derniers mois mais son mental friable le trahira.
Haas : mûr et expérimenté mais avec des résultats pas convaincants cette saison.
Gulbis : fait parler de lui, progresse, mais son jeu entièrement basé sur le physique, au meilleur des cinq sets, ne lui permettera pas de passer les joueurs plus mûrs que lui.
Dolgopolov a des victoires convaincantes cette saison (Wawrinka, Nadal) mais des défaites aussi peu rassurantes, d'ailleurs il n'a pas remporté de tournoi.
Janowicz? 7 défaites d'affilée, 10 défaites pour 4 victoires cette saison...
Llodra, pour son dernier RG, donnera le meilleur de lui-même et peut aller jusqu'en quarts.
Un Isner toujours en forme sur TB mais avec plusieurs défaites face à des "petits" joueurs cette saison? Un Tsonga poussé par son public? Difficile de voir loin pour eux.
Résumons : Je vois bien les quarts suivants :
Nadal - Dimitrov
Llodra - Wawrinka
Federer - Berdych
(Raonic, Nishikori ou Dolgopolov? hmmm...) Raonic - Djokovic
Demies :
Nadal - Wawrinka
Federer-Djokovic
Finale : difficile à dire mais...
Nadal - Djokovic, victoire de Djokovic, ce qui ferait de lui le premier joueur mondial!
Bon tournoi à tous,
Ensuite, pour Nadal, je ne vois personne dans son tableau, jusqu'en demi-finale, qui soit capable d'aller le chercher en trois sets gagnants.
Tu dis également que Gulbis joue sur le physique: c'est faux. Il joue sur la puissance et d'excellents déplacements.
@René C.: Les cinq sets ne font pas peur non plus à Djokovic.
Hormis une contre-perf a Barcelone (ca lui arrive d'avoir un "trou" de temps en temps), il n'a perdu que contre Djoko (futur lauréat a Rome), Stan (futur lauréat de MC), et Nishi (quasi-futur lauréat a Madrid). Bref que des joueurs en mega-top forme !
Et c'est un des joueurs les plus solides physiquement ! Face a Dimitrov (que j'adore par ailleurs), il n'en fera qu'une bouchée
Bref je le vois au moins en 1/4, et je pense que ce sera un match tres compliqué pour Nadal s'il devait avoir lieu...
Mais Roland Garros a eu des vainqueurs qui ensuite n'ont jamais confirmé.
Pourquoi se casser la tête à essayer de deviner qui créera la surprise ? Si on l'annonce avant, ça n'en sera plus une...
@nadia86, pour t'expliquer, je ne vois pas réellement qui pourrait plus qu'un autre éliminer Rafa. Comme à Wimbledon, personne d'avance n'aurait réellement vu Darcis l'éliminer. C'est juste pour dire que je ne serais pas spécialement étonné (bon, un peu quand même, évidemment) qu'il tombe face à l'un de ces inconnus, mais je ne saurais prédire exactement lequel. Après, Rafa donnera tout, c'est évident. Enfin c'est mon sentiment général, il se pourrait fort bien qu'il atteigne la finale sans difficulté.
@InFamous : par "Physique", je voulais dire puissance. Je doute en fait qu'il puisse conserver son coup droit monstrueux à la fin d'un match de 5 sets.