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L’Empreinte de Wawrinka : comment « Stan » a écrit sa propre histoire loin de l’ombre de Federer

À 40 ans, Stan Wawrinka s’apprête à tourner la page d’une carrière exceptionnelle. Retour sur le parcours d’un joueur qui a su sortir de l'ombre de Roger Federer.

L’Empreinte de Wawrinka : comment « Stan » a écrit sa propre histoire loin de l’ombre de Federer
© Photo by Hannah Peters Getty Images via AFP
Arthur Millot
9 min de lecture

Au moment de tirer sa révérence à l’issue de la saison 2026, Stan Wawrinka laissera derrière lui un héritage unique dans l’histoire du tennis.

Triple vainqueur du Grand Chelem dans une ère dominée par le « Big 3 », l’enfant de Lausanne n’a pas seulement émergé de l’ombre de Roger Federer, il a su écrire sa propre légende.

Cette enquête retrace son parcours, ses victoires et la manière dont il s’est imposé comme une voix singulière du tennis moderne.

De Saint-Barthélemy à la scène mondiale : une ascension patiente

Né le 28 mars 1985 à Lausanne, Stanislas Wawrinka grandit dans le village vaudois de Saint-Barthélemy, au sein d’une famille aux racines suisses et polonaises.

Issu d’un environnement rural et éloigné des projecteurs, il découvre le tennis relativement tard et sans être catalogué comme un prodige immédiat.

Il débute le tennis vers l’âge de huit ans et se distingue rapidement dans les catégories de jeunes, même s’il ne fait pas partie des meilleurs de son âge.

Sous l’impulsion de son entraîneur Dimitri Zavialoff, il opte à 11 ans pour un revers à une main, choix technique exigeant qui deviendra plus tard sa signature.

Chez les juniors, il s’impose comme le numéro un suisse et remporte Roland-Garros juniors en 2003, succédant notamment à Richard Gasquet.

Un titre prestigieux, mais qui ne garantit rien : l’histoire du tennis regorge de champions juniors incapables de confirmer au plus haut niveau.

Passé professionnel dès 2002, Wawrinka progresse lentement mais de manière constante.

Contrairement aux trajectoires fulgurantes, son ascension est méthodique : entrée dans le top 50 et premier titre ATP 250 en 2006, et intégration dans le top 10 mondial en 2008.

Cette dernière année marque notamment un premier tournant. Il atteint sa première finale en Masters 1000 à Rome (perdue face à Novak Djokovic : 6-4, 3-6, 3-6) et remporte surtout la médaille d’or olympique en double à Pékin, aux côtés de Roger Federer.

Ensemble, ils dominent les frères Bryan en demi-finale avant de s’imposer en finale : victoire en 4 sets contre les Suédois Thomas Johansson et Simon Aspelin.

La métamorphose : naissance de « Stan The Man »

© AFP

La véritable transformation de Wawrinka intervient au début des années 2010 avec l’arrivée de Magnus Norman dans son entourage.

Sous la direction de l’ancien finaliste de Roland-Garros, son jeu se structure, gagne en agressivité et en clarté tactique.

Son revers à une main devient l’un des plus redoutables du circuit, capable de rivaliser avec les meilleures armes du Big Four. Plus encore, il développe une solidité mentale, qui fera sa différence dans les grands rendez-vous.

Les résultats suivent progressivement. Quart de finale à l’US Open en éliminant Murray au troisième tour mais il perd face à Mikhail Youzhny, et un deuxième titre ATP (Casablanca face à Victor Hănescu : 6-2, 6-3).

Des performances régulières mais qui ne propulsent pas encore un Wawrinka qui semble encore bloqué aux portes du très haut niveau.

2014 : l’explosion tardive d’un champion

© AFP

Le basculement intervient en 2014, à l’Open d’Australie. À 28 ans, Wawrinka réalise un tournoi exceptionnel.

En quart de finale, il élimine Novak Djokovic au terme d’un combat de plus de quatre heures (2-6, 6-4, 6-2, 3-6, 9-7), malgré des crampes et une pression immense.

En demi-finale, il domine Tomáš Berdych, le Tchèque (6-3, 6-7, 7-6, 7-6) en 3 h 31 et atteint sa première finale en Grand Chelem.

Il y affronte Rafael Nadal, alors numéro un mondial, et s’impose en quatre sets (6-3, 6-2, 3-6, 6-3) en 2 h 21 pour décrocher son premier titre majeur.

Ce sacre marque une rupture symbolique : il devient le premier joueur hors Big Four à gagner un Grand Chelem depuis 2009, le premier à battre Djokovic et Nadal dans un même tournoi majeur, et le nouveau numéro un suisse (3e mondial), mettant fin à treize années de règne de Federer.

« J’ai compris ce jour-là que je pouvais battre n’importe qui si je jouais à mon meilleur niveau », confiera-t-il plus tard.

Confirmation et apogée : Monte-Carlo, Paris, New York

© AFP

Dans la foulée, Wawrinka confirme. En 2014, il remporte le Masters 1000 de Monte-Carlo, son unique titre dans cette catégorie, après une finale mémorable de 2h13 face à Federer (4-6, 7-6, 6-2).

À ce moment-là, il devient l’un des très rares joueurs à avoir battu les quatre membres du Big Four sur une période rapprochée (Murray à l'US Open 2013, Djokovic et Nadal à l'Open d'Australie 2014, et Federer à Monte-Carlo 2014).

En Grand Chelem, il poursuit la saison avec un quart de finale à Wimbledon (perdu contre Federer) ainsi qu’un quart de finale contre Nishikori à l’US Open.

Enfin, qualifié pour les finales ATP en étant tête de série 3, il perd en demi-finale, une nouvelle fois contre son compatriote Roger Federer (4-6, 7-5, 7-6).

Mais c’est 2015 qui consacre définitivement sa place parmi les grands.

Après une demi-finale à l’Open d’Australie (perdu contre Djokovic), il réalise un printemps exceptionnel sur terre battue. Sa victoire face à Nadal au Masters de Rome, la première contre l’Espagnol sur ocre, agit comme un déclic.

En effet, le Majorquin était septuple vainqueur du tournoi et finaliste sortant. Malgré ça, Wawrinka s’offre une grande performance et remporte le match en deux sets (7-6, 6-2).

Durant son parcours, il avait notamment éliminé Dominic Thiem (7-6, 6-4) mais perdra en finale face à Roger Federer (4-6, 2-6) en seulement 54 minutes de jeu.

« C’était exceptionnel, je n’avais pas eu la chance de le battre sur terre battue. Seulement une fois en carrière à l’Open d’Australie, mais on le sait, il s’était blessé pendant le match », déclare-t-il au micro de RTS en 2015.

Roland-Garros : un titre dont il n’osait même pas rêver

« Regagner un Grand Chelem, c’est quelque chose de très compliqué (faisant référence à sa victoire en Australie en 2014).

J’ai retrouvé la confiance, je joue bien mais c’est compliqué de gagner Roland-Garros.

D’autant qu’avec moi tout est possible, comme perdre au premier tour comme l’an passé. Donc j’y vais vraiment match par match, pas après pas.

Roland-Garros, ça a toujours été particulier pour moi. C’est le Grand Chelem durant lequel je passais mes après-midis à regarder les matchs. Et ensuite, je l’ai gagné chez les juniors.

De plus, je suis Suisse côté francophone, j’ai débuté sur terre battue, donc oui, ça a un aspect vraiment particulier », a-t-il indiqué à Radio Télévision Suisse en 2015, juste avant le tournoi parisien.

À Roland-Garros, il enchaîne les performances de haut niveau, élimine Federer en quart de finale (6-4, 6-3, 7-6), puis domine Jo-Wilfried Tsonga (6-3, 6-7, 7-6, 6-4) pour sa première demi-finale porte d’Auteuil, avant de livrer une finale monumentale face à Novak Djokovic.

En quatre sets (4-6, 6-4, 6-3, 6-4), il impose sa puissance et son rythme, offrant l’une des plus grandes performances de l’ère moderne face au numéro 1 mondial et favori du tournoi (Djokovic avait battu Nadal lors de cette édition).

« Battre Novak ici, à Paris, c’est le sommet de ma carrière », dira-t-il, ému, trophée en main lors d'une saison qui reste, à ce jour, la plus régulière de sa carrière.

Il complétera sa trilogie en 2016 à l’US Open, en battant une nouvelle fois Djokovic en finale, confirmant son statut de joueur des grands rendez-vous.

« Je ne me suis jamais vu gagner un Grand Chelem ou aller aussi loin. Ce qui est particulier dans mon métier, c’est que les fois où j’ai gagné des grands tournois, la satisfaction n’était jamais aussi grande que je l’espérais.

Et je pense que c’est ce qui a fait que je suis allé aussi loin, c’est que je n’étais jamais satisfait. Il y avait toujours un match ou un tournoi à gagner après ça », toujours à RTS.

Une carrière inespérée qui a également fait la fierté de ses parents, comme en témoigne cette déclaration datant de septembre 2015.

« C’est magique d’imaginer que notre fils soit connu mondialement et qu’il aura marqué de son empreinte. Quand il a commencé le tennis, ce n’était pas avec l'objectif de devenir champion. Donc c’est vraiment magique.

Lorsqu'à Melbourne, il a reçu la coupe des mains de Pete Sampras, c’était vraiment émouvant car il avait des posters de lui dans sa chambre.

Il a commencé tard la compétition, à 12-13 ans. C’est un passionné et il a toujours cherché à progresser », ont déclaré ses parents à État de Vaud.

Dans l’ombre de Federer, sans jamais s’y perdre

© AFP

Toute sa carrière, Wawrinka a évolué sous la comparaison permanente avec Roger Federer. Quatre ans plus âgé, déjà icône mondiale, Federer incarnait l’excellence suisse.

Plutôt que de lutter contre cette image, Wawrinka a accepté cette position, tout en traçant sa propre voie : là où Federer symbolise la fluidité et l’évidence, Wawrinka incarne la force, l’intensité et la résilience.

Il l’a souvent reconnu avec émotion : « Quand je suis arrivé sur le circuit, Roger était déjà au sommet. Il m’a pris sous son aile comme un petit frère.

J’ai énormément appris à ses côtés. J’ai versé quelques larmes lors de ses adieux. On s’est entraîné ensemble, on s’est entraidé, on a vécu tellement de chose. Je lui dois beaucoup pour ma carrière.

Grâce à lui, je me suis amélioré, j’ai gagné les JO et la Coupe Davis. Après, c’est sûr que d’arriver derrière lui, surtout en Suisse, quels que soient les résultats, je serais toujours derrière lui, il faut donc l’accepter », déclare-t-il dans l'émission En Aparté sur Canal Plus en 2022.

Sur le plan purement statistique, même s’il n’a jamais dominé Federer, Wawrinka a prouvé qu’il pouvait se mesurer aux meilleurs de son époque.

Ses trois titres du Grand Chelem, obtenus dans une période où Nadal, Djokovic et Federer dominaient presque tout, sont à ce titre des exploits remarquables.

Plus que des chiffres : des matchs gravés dans l’histoire

Au-delà des statistiques, l’empreinte de Wawrinka se mesure à la mémoire collective.

Sa finale de Roland-Garros 2015 est régulièrement citée parmi les plus grandes performances tactiques et mentales du tennis moderne.

Capable de battre les numéros un mondiaux en finale de Grand Chelem, il restera comme l’un des rares joueurs de sa génération à avoir inversé la hiérarchie lorsque le niveau atteignait son paroxysme.

Même sur la fin de sa carrière, à 40 ans lors de l’Open d’Australie 2026, Wawrinka continue de produire des lignes étonnantes dans les livres d’histoire.

Son marathon en cinq sets face à Arthur Gea pour devenir le premier joueur de plus de 40 ans depuis Ken Rosewall (en 1978) à atteindre le troisième tour d’un Grand Chelem en témoigne.

Un héritage durable dans l’ère du Big Three

© Photo by William West AFP

Alors que la saison 2026 est annoncée comme sa dernière, Wawrinka laisse un héritage aux dimensions multiples.

Il a non seulement gagné trois titres majeurs dans l’une des périodes les plus compétitives du tennis, mais il a aussi marqué par une personnalité sincère et souvent empreinte d’autodérision.

De plus, si le Suisse ne s'imaginait pas remporter un titre du Grand Chelem, il n'imaginait pas non plus jouer jusqu'à 40 ans.

En effet, lors d'une interview accordée il y a plus de dix ans (en 2015), alors qu'il avait 30 ans, il déclara ceci :

« Peut-être que je jouerai encore 3, 4 ou peut-être 6 ans. Ça dépendra de mon niveau et de mon état physique. » Il prolongera ainsi le plaisir 11 années de plus, un chiffre colossal.

Enfin, l’empreinte de Stan Wawrinka dans l’histoire du tennis ne se mesure pas qu’en titres ou en confrontations directes avec Federer.

Elle se lit dans sa capacité à tracer sa propre voie, à surmonter les comparaisons et à briller dans les instants où beaucoup l’attendaient moins.

À l’heure de sa retraite, il reste un modèle de persévérance et d’authenticité.

Une situation qui pose la question suivante : alors que le tennis s’engage dans une nouvelle ère dominée par une génération montante, comment les futures légendes du circuit parviendront-elles à s’affirmer dans l’ombre des géants précédents, à l’image de ce que Stan a su accomplir à sa manière ?

Sources
Tennis Temple : L’Empreinte de Wawrinka : comment « Stan » a écrit sa propre histoire loin de l’ombre de Federer
Stan Wawrinka
#125, 518 points
Novak Djokovic
#4, 4700 points
Gea A • Q
Wawrinka S • WC
6
3
6
5
6
4
6
3
7
7
Open d'Australie
Open d'Australie
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Fana20emeS
/Fana20emeS • 3 abonnés
Article très intéressant et qui rappelle de bons souvenirs, merci TT.
J'ai toujours trouvé injuste que Murray soit associé au big3 (big4) et pas Stan.
Merci à Stan de nous avoir fait rêver avec lui et ça, dans la bonne humeur.
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XMAN4
XMAN4 • 175 abonnés
vu l'écart conséquent de palmarès entre Murray et Stan je ne trouve cela injuste bien au contraire :

Murray a gagné les JO pas Stan - il a gagné le Masters pas Stan - il a gagné 14M1000 Stan un seul, ils ont tous 2 gagné autant de GC sauf que Murray a été 11 fois en finale, Stan 4 fois.

le palmarès global de Stan le place plus près de Thiem que de Murray.
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1 réponses
lena
lena • 153 abonnés
Au moment de tirer sa révérence
?
Pas vraiment puisqu'il continue à demander des WC pour entrer dans les tableaux ATP.
Le dernier en date, Montpellier. WC accordée qui aurait pu revenir à un français comme Chidekh par exemple qui a fait un très bon début d'année.
Je sais que c'est pour attirer le public mais c'est abusé quand ça dure plusieurs années alors qu'il ne parvient plus à entrer dans le tableau par son classement
1
Aurélien Loste
/Leydorn • 156 abonnés
Il reste meilleur que la plupart des joueurs français, et bien plus populaire, c'est normal que la direction des tournois lui donne une WC !
1 réponses
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