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Entre repos, regrets et révélations : février, le mois qui décide déjà de la saison sur le circuit ATP et WTA

Souvent perçu comme une simple transition après l’Open d’Australie, le mois de février s’impose pourtant comme un tournant stratégique.

Entre repos, regrets et révélations : février, le mois qui décide déjà de la saison sur le circuit ATP et WTA
© AFP
Jules Hypolite
9 min de lecture

Si le mois de janvier lance les hostilités pour chaque nouvelle saison avec en point d’orgue l’Open d’Australie, février, au contraire, est un mois rempli de choix et destinations diverses.

Les favoris prennent le temps de se reposer après une tournée en Océanie éprouvante, mais l’ensemble des circuits (ATP et WTA) repartent très rapidement au charbon, en quête de sensations, de confiance et afin d’être au top avant les deux grandes échéances du mois de mars : Indian Wells et Miami.

APRÈS L'OPEN D'AUSTRALIE : L'IMPACT DU PREMIER GRAND CHELEM SUR LES ORGANISMES

Pendant deux semaines, les deux circuits disputent à Melbourne l’une des quinzaines les plus exigeantes de la saison. La chaleur australienne, combinée à l’enchaînement des matches, aussi tôt dans l’année, conditionne déjà les joueurs et les joueuses.

Certains ne résistent pas à la dureté de l’épreuve, tandis que d’autres affirment d’emblée leur fraîcheur physique et leur état de forme.

Sur le plan sportif, l’Open d’Australie fait également office d’indicateur, voire de révélateur. S’il ne permet pas de figer une hiérarchie dans une saison encore longue, il dessine néanmoins des tendances fortes, dont les effets se prolongent souvent durant les semaines suivantes, notamment au mois de février.

Chez les hommes, Novak Djokovic s’est longtemps imposé comme le patron incontesté du début de saison.

Fort de ses dix titres à Melbourne, le Serbe a régulièrement donné le ton dès le mois de janvier. Pourtant, même dans ses meilleures années, l’ancien numéro un mondial a fréquemment privilégié la voie du repos, ou choisi de ne disputer qu’un seul tournoi en février, afin de récupérer physiquement et de retrouver progressivement du rythme avant le Sunshine Double.

Le circuit féminin offre lui aussi des exemples révélateurs de l’impact de Melbourne sur la suite du calendrier.

Une logique qui n'échappe pas au circuit féminin

© AFP

En 2025, Madison Keys remporte à Melbourne le premier Grand Chelem de sa carrière, après avoir déjà décroché le titre à Adélaïde. Un enchaînement inédit pour l’Américaine, qui dispute alors douze matches consécutifs en quelques semaines.

Éprouvée physiquement, notamment après une finale intense remportée face à Aryna Sabalenka, Keys choisit de faire l’impasse sur les tournois de Doha et de Dubaï, évoquant une blessure à la jambe. Elle ne fait son retour sur le circuit qu’au mois de mars, sur le sol américain.

Ces exemples illustrent le rôle central de l’Open d’Australie dans la construction du mois de février.

Un résultat positif permet d’aborder la suite de la saison avec confiance et de mesurer les bénéfices du travail hivernal. À l’inverse, une élimination précoce pousse certains joueurs à multiplier les tournois dès février, dans l’espoir de rebondir rapidement et d’enclencher une dynamique positive.

Quoi qu’il en soit, Melbourne influence directement les choix de calendrier et conditionne déjà une partie de la saison à venir.

LE MOIS DE FÉVRIER SUR LE CIRCUIT ATP : CHOIX STRATÉGIQUES ET OPPORTUNITÉS MULTIPLES

Pour les joueurs du circuit ATP, le mois de février ressemble à un véritable tour du monde. À la sortie de l’Open d’Australie, chacun compose son calendrier en fonction de ses préférences de surface, de sa condition physique et de ses objectifs à moyen terme. Le circuit se fragmente alors en trois grandes tournées, offrant des opportunités très différentes selon les profils.

La première est la tournée européenne indoor, qui débute traditionnellement à Montpellier.

Cet ATP 250 a vu triompher de nombreux joueurs français, comme Gaël Monfils, Richard Gasquet ou Jo-Wilfried Tsonga, mais aussi des futures références du circuit telles qu’Alexander Zverev ou Jannik Sinner.

La tournée se poursuit à Rotterdam, devenu un ATP 500 de référence en salle, où se sont imposés Roger Federer, Andy Murray, Juan Martín Del Potro, Daniil Medvedev ou plus récemment Carlos Alcaraz.

Le continent américain comme point d'ancrage avant Indian Wells

En parallèle, une partie du circuit se tourne vers l’Amérique du Nord. Aux États-Unis, les tournois de Delray Beach (ATP 250) et de Dallas (ATP 500) permettent notamment aux joueurs américains de renouer rapidement avec leur public après la tournée australienne.

Ces tournois servent aussi de points d’ancrage pour les joueurs souhaitant anticiper leur installation avant Indian Wells et Miami. La tournée se prolonge ensuite au Mexique avec le tournoi d’Acapulco, réputé pour ses conditions chaudes et humides.

Rafael Nadal, triple vainqueur de l’épreuve, l’a souvent utilisé comme étape de reprise après Melbourne. Delray Beach et Dallas attirent par ailleurs des profils spécifiques, notamment les grands serveurs, à l’image de Taylor Fritz, Reilly Opelka, Marin Čilić ou Ivo Karlović.

Le Golden Swing, une tournée à part

© AFP

Enfin, la tournée sud-américaine sur terre battue, le « Golden Swing », conserve une identité à part.

Disputée à Buenos Aires, Rio de Janeiro et Santiago, elle se distingue par des matches longs, une forte intensité émotionnelle et un public particulièrement engagé. C’est à Rio qu’un très jeune Carlos Alcaraz avait remporté son premier match sur le circuit ATP en 2020, avant d’y décrocher le titre deux ans plus tard, puis de s’imposer à Buenos Aires la saison suivante.

Malgré cet ancrage historique, la tournée sud-américaine peine à séduire les meilleurs joueurs, avec très peu de membres du top 10, voire du top 20 présents sur place.

En 2025, Alexander Zverev, alors numéro trois mondial et finaliste à Melbourne, choisit de s’y engager. Un choix qui se révélera contre-productif.

L’Allemand s’incline en quarts de finale à Buenos Aires puis à Rio, à chaque fois face à des joueurs argentins, peinant à retrouver ses sensations et sa confiance. Quelques mois plus tard, il reconnaîtra avoir regretté cette décision : « Ce n’était pas une partie de plaisir. Je pense que ce n’était pas la bonne chose à faire après l’Australie. »

Une tournée fragilisée par les choix de l’ATP

Si le Golden Swing reste naturellement privilégié par les spécialistes de la terre battue et les joueurs sud-américains, l’ATP semble néanmoins réduire progressivement la place accordée à cette tournée singulière.

Autrefois étalée sur quatre semaines, avec un tournoi disputé en parallèle de Montpellier, elle se limite désormais à trois semaines et trois tournois. Une décision qui suscite l’incompréhension et la frustration de certains acteurs du circuit.

Révélation du tournoi de Rio en 2024, où il avait atteint la finale, l’Argentin Mariano Navone n’avait pas caché sa colère : « C’est la tournée qui vend le plus de billets. C’est vraiment dommage, car notre pays a une tradition tennistique incroyable. Ils sont en train de tout gâcher. Ce sont des tournois qui remplissent les tribunes, je ne comprends pas leur logique. »

Doha et Dubaï, dernières répétitions avant le Sunshine Double

Comme si les trois grandes tournées de février ne suffisaient pas, certains joueurs prolongent encore leur début de saison par un passage au Moyen-Orient, dans la continuité de la tournée indoor européenne, à l’image de ce qui se fait sur le circuit féminin.

Longtemps considéré comme l’un des rendez-vous les plus relevés du début d’année, le tournoi de Doha a vu sa place dans le calendrier évoluer après la pandémie de Covid-19, en étant repositionné en février. Créé en 1993, cet événement historique a franchi un cap supplémentaire en 2025 en accédant au statut d’ATP 500.

Ce changement attire désormais un plateau particulièrement dense, avec la présence en 2025 de stars telles que Novak Djokovic ou Carlos Alcaraz, qui y trouvent une étape de préparation idéale avant la tournée américaine.

Federer sacré à huit reprises

© AFP

Doha entre ainsi en concurrence directe avec l’ATP 500 de Dubaï, longtemps considéré comme le passage obligé pour les cadors à cette période de la saison.

Le palmarès du tournoi émirati témoigne de son prestige, avec notamment les huit titres de Roger Federer entre 2003 et 2019, ainsi que les cinq sacres de Novak Djokovic, deuxième joueur le plus titré de l’histoire de l’épreuve.

Disputés sur dur extérieur, Doha et Dubaï prennent dès lors des allures de répétition générale avant Indian Wells. Pour certains joueurs, ils constituent une rampe de lancement idéale vers le Sunshine Double et pour d’autres, une reprise progressive après un Open d’Australie éprouvant, tant sur le plan physique que mental.

FÉVRIER SUR LE CIRCUIT WTA : SURPRISES ET TABLEAUX EXTRÊMEMENT RELEVÉS

Contrairement au circuit ATP, éclaté sur plusieurs continents, le circuit WTA se concentre majoritairement au Moyen-Orient durant le mois de février. Les joueuses se retrouvent ainsi regroupées sur une série de tournois déjà déterminants pour la suite de la saison, dans un laps de temps particulièrement resserré.

La tournée s’ouvre à Abu Dhabi, épreuve créée en 2021, avant de se poursuivre avec les WTA 1000 de Doha et de Dubaï, disputés à une semaine d’intervalle. Ces deux tournois majeurs attirent généralement l’ensemble des meilleures joueuses du circuit, tout juste sorties de l’Open d’Australie, et constituent les premiers rendez-vous de très haut niveau hors Grand Chelem.

L’exigence de cette séquence de février représente l’une des grandes spécificités du calendrier féminin.

En l’espace de quelques jours, de nombreuses confrontations entre joueuses du top 10 peuvent avoir lieu, avec un rythme de compétition soutenu et des matches d’une intensité comparable, voire supérieure, à celle observée en Grand Chelem. Les marges de manœuvre sont réduites, et la moindre baisse de régime se paie immédiatement.

Anisimova et Andreeva, lauréates surprises en 2025

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Aryna Sabalenka, en 2025, après une finale à l’Open d’Australie, en a fait l’expérience en s’inclinant dès son entrée en lice à Doha, avant de quitter le tournoi de Dubaï en quarts de finale. À l’inverse, cette période peut aussi servir de tremplin à de nouvelles figures du circuit.

En 2025, Amanda Anisimova à Doha et Mirra Andreeva à Dubaï ont ainsi décroché leur premier titre en WTA 1000, confirmant l’ouverture de la hiérarchie à ce stade de la saison.

Ce calendrier condensé impose donc aux joueuses d’atteindre un haut niveau de performance très rapidement, parfois seulement deux ou trois semaines après Melbourne. Il en résulte une instabilité plus marquée concernant les résultats qu’à d’autres moments de l’année : certaines peinent à retrouver leur meilleur niveau, tandis que d’autres s’installent déjà comme des actrices majeures du début de saison.

UN MOIS DÉCISIF AVANT LE PRINTEMPS AMÉRICAIN

Si ces tournois de février offrent des cadres variés et des opportunités multiples pour engranger de la confiance ou confirmer une dynamique, ils constituent surtout une étape clé dans la préparation d’Indian Wells et de Miami.

Ces deux tournois majeurs, qui réunissent ATP et WTA sur un même site pendant près de douze jours chacun, forment le célèbre « Sunshine Double », l’un des rendez-vous les plus exigeants et révélateurs de la saison.

Disputé sur dur extérieur, le Sunshine Double agit souvent comme un prolongement des tendances du début de saison. Même si les surfaces d’Indian Wells et de Miami sont plus lentes que celles de l’Open d’Australie, les joueurs et joueuses en forme dès janvier y confirment fréquemment leur statut.

De la continuité sur le circuit ATP

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Chez les hommes, Novak Djokovic illustre parfaitement cette continuité, lui qui a remporté les deux tournois à quatre reprises (2011, 2014, 2015 et 2016), dans la foulée de ses succès répétés à Melbourne.

Roger Federer avait lui aussi réalisé ce doublé en 2017, quelques semaines après avoir décroché son 18e titre du Grand Chelem en Australie.

Mais au-delà des résultats, le mois de février et le Sunshine Double mettent surtout à l’épreuve la gestion physique et mentale des joueurs. L’enchaînement de plusieurs semaines de compétition sans véritable coupure oblige chacun à faire des choix précis dans son calendrier.

Des points qui peuvent changer une saison

Certains arrivent en Californie et en Floride déjà entamés par un mois de février trop chargé, tandis que d’autres, plus prudents, bénéficient d’une fraîcheur déterminante dans des tableaux longs et relevés.

L’enjeu est également stratégique sur le plan du classement. Indian Wells et Miami offrent chacun 1000 points, faisant de ce mois de mars un moment charnière pour consolider une place dans la hiérarchie ou relancer une saison hésitante.

Pour les joueurs hors du top 10, comme pour de nombreuses joueuses cherchant à s’installer durablement dans le top 20 ou le top 30, les choix opérés en février peuvent s’avérer décisifs.

Une différence notable subsiste toutefois entre les deux circuits. Si le Sunshine Double a souvent confirmé les tendances du début de saison chez les hommes, cette logique ne s’est jamais réellement imposée chez les dames à l’ère moderne.

UN MOIS DISCRET, MAIS DÉTERMINANT

Ainsi, loin d’être un simple mois de transition, février est un mois décisif de la première partie de saison. Il récompense les joueurs en forme, met en difficulté ceux qui ont trop enchaîné et conditionne largement l’approche du premier grand tournant de la saison, avant que le circuit ne bascule progressivement vers la terre battue.

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Règles à respecter
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Jbilfelafdj
/Jbilfelafdj • 14 abonnés
Je dirai surtout que le mois de février est un mois où les joueurs qui n'ont pas eut de résultats à l'oa prennent de la confiance, des points ATP, et un peu de $. Il y a aussi les joueurs qui jouent à fond le mois de février parce qu'ils savent qu'ils n'auront pas de résultats sur TB. Et enfin ils y a ceux qui se reposent en attendant la saison sur TB , saison qui arrive tôt avec la tournée sud américaine.
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Icaunais1948
/tonnerre89 • 28 abonnés
La tournée sud américaine sur terre battue a déjà commencé depuis plusieurs mois, puisqu'à l'automne de l'hémisphère Nord correspond le printemps de l'hémisphère Sud, et qu'à l'hiver de l'hémisphère Nord correspond l'été de l'hémisphère Sud !
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Oliv
/Oliv • 2 abonnés
Très intéressant
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Montfort
/Montfort • 18 abonnés
J'aime ce mois de février, personnellement.
Pendant 4 semaines, on ne s'ennuie pas, avec pléthore de tournois aux 4 coins du monde, et ce, sur presque toutes les surfaces.
En WTA, on a deux WTA 1000 sur une semaine (clairement le meilleur format)
L'ATP c'est vraiment le bazar, mais j'aime ça, il y en a pour tous les goûts^^
À l'inverse, en mars on a que 2 tournois.
Certes des tournois historiques et prestigieux, mais deux tournois sur un mois, avec presque pas de tête d'affiche lors des premières semaines, c'est leeeeent...
Février c'est foisonnant, varié, rythmé; ça part un peu dans tous les sens mais c'est riche de belles histoires et de surprise 🤗
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Icaunais1948
/tonnerre89 • 28 abonnés
Excellent article de Jules Hypolite et Guillaume Nonque !
Il va constituer notamment pour les pronostiqueurs une aide très précieuse pour faire leurs choix à venir concernant tous les tournois futurs très importants de l'ATP et de la WTA, de la fin du mois de Février et du mois de Mars dans sa totalité.
En leur permettant en effet de décrypter plus facilement pour chaque joueur ou joueuse toutes ses dernières performances précédant ces diverses échéances. Sous l'angle très particulier de leur dynamique individuelle au moment d'aborder leur participation à un tournoi.
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Jbilfelafdj
/Jbilfelafdj • 14 abonnés
Good, merci, c'était important de le préciser
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