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Diego Schwartzman : le génie d'1m70 qui a déjoué les normes du tennis moderne

Dans un monde où les géants dominent, Diego Schwartzman a prouvé qu’un autre tennis était possible.

Diego Schwartzman : le génie d'1m70 qui a déjoué les normes du tennis moderne
© AFP
Arthur Millot
8 min de lecture

À l’heure où le tennis masculin s’est transformé en une guerre de puissance dominée par des joueurs très grands, Diego Schwartzman a longtemps fait figure d’exception.

Avec ses 1m70, l’Argentin a pourtant intégré le top 10 mondial, disputé des demi-finales de Grand Chelem et battu les meilleurs joueurs de sa génération.

Cette enquête retrace ainsi le parcours de l'Argentin sous deux angles.

Le premier est sportif : comment un joueur à la taille nettement inférieure à la moyenne a réussi à s’installer durablement parmi l’élite mondiale, à performer en Grand Chelem et à gagner des titres ATP.

Le second est humain : comment Schwartzman a dû contourner les normes physiques du tennis contemporain.

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© AFP

Diego Schwartzman naît le 16 août 1992 à Buenos Aires, dans une famille à l’histoire particulière.

Son arrière-grand-père maternel, juif polonais, s'est échappé d’un train qui s'apprêtait à rejoindre un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il réussit ensuite à faire traverser, à l’aide d’un bateau, sa famille d’Allemagne en Argentine.

Concernant sa jeunesse, très vite, le gabarit de Diego pose question et à l’adolescence, alors que beaucoup de joueurs de sa génération dépassent déjà les 1m80, lui ne grandit plus.

Il atteindra finalement 1m70 à l’âge adulte, une taille qui, dans le tennis masculin moderne, devient presque un handicap.

« Ma taille m'a privé de certaines armes », avait-il confié à nos confrères de L’Équipe.

Cependant, il n'a jamais voulu trouver cela comme excuse. « J’ai des avantages sur les joueurs grands et les grands ont des avantages sur moi, mais je ne pense pas avoir plus de talent que les autres », explique-t-il à Tennis Legend en 2018.

À titre de comparaison, la taille moyenne d’un joueur du top 50 ATP dépasse aujourd’hui 1m85.

Les leaders de l’ère récente, Novak Djokovic (1m88), Rafael Nadal (1m85), Andy Murray (1m91), Daniil Medvedev (1m98) ou Alexander Zverev (1m98), mesurent tous entre 1m85 et 1m98.

Dans ce contexte, Schwartzman apparaît comme une anomalie statistique.

Et très tôt, on lui fait comprendre que son plafond est limité et les discours sont souvent décourageants : « Tu compenseras avec la vitesse », « Tu verras jusqu’où tu peux aller », « Ce sera compliqué à haut niveau ».

Peu de gens osent dire clairement qu’un joueur de cette taille peut viser l’élite mondiale.

Construire un jeu contre la norme

© AFP

Privé d’un service naturellement dominant, Schwartzman est contraint de développer très tôt d’autres armes.

Là où les grands joueurs gagnent des points gratuits, lui doit batailler et toujours jouer le coup de plus.

Sa première balle ne dépasse que rarement les 180-190 km/h, bien en dessous des standards du circuit.

En revanche, son coup d’œil et son timing deviennent une arme majeure. De plus, son centre de gravité bas lui offre une stabilité exceptionnelle en défense.

Il est capable de changer de direction très vite, de glisser sur terre battue et de contrer magnifiquement les attaquants.

Mais surtout, il possède un excellent retour de service, sûrement l'un des meilleurs du circuit à l'époque où il jouait.

« Au retour, je suis très bon. Je sais que mon service n’est pas mon coup le plus fort. Beaucoup de joueurs peuvent me rentrer dedans au service, donc je dois être très performant au retour.

Ces deux/trois dernières années, je retournais très bien. Je finissais toujours parmi les cinq meilleurs relanceurs du circuit.

Je dois encore améliorer beaucoup de choses, car les joueurs plus grands sont plus puissants que moi, mais je ne pense pas à ma taille ou à celle de mes adversaires sur le court. J’essaye juste d’être concentré et rien d’autre », déclare-t-il, toujours à Tennis Legend en 2018.

C'est pourquoi, Schwartzman comprend que sa carrière passera par la régularité plus que par l’exploit ponctuel.

Il joue beaucoup et enchaîne les tournois ATP 250 et 500, jouant la plupart du temps sur les courts annexes. Mais ce choix paie, car il s’installe progressivement dans le top 30, puis dans le top 20.

L’année 2020, point culminant

© Diego Schwartzman RG2020 Photo du2019Anne-Christine POUJOULAT AFP

La saison 2020 marque un tournant majeur dans la carrière de Diego Schwartzman.

Dans une année perturbée par la pandémie, il atteint son meilleur classement mondial : 8ᵉ joueur mondial en octobre.

Ce résultat n’est pas un accident, mais l’aboutissement de plusieurs saisons de progression continue.

À Roland-Garros, il signe la plus grande performance de sa carrière en atteignant les demi-finales.

Son quart de finale contre Dominic Thiem, remporté après plus de cinq heures de jeu, devient l’un des matchs les plus marquants du tournoi (7-6, 5-7, 6-7, 7-6, 6-2).

Schwartzman y démontre une résistance physique et mentale exceptionnelle, tenant tête à l’un des joueurs les plus forts du circuit sur terre battue (finaliste en 2018 et 2019 à Roland-Garros, vainqueur de Barcelone 2019).

Grâce à ce résultat, il devient l'un des plus petits joueurs ayant atteint une demi-finale d'un tournoi du Grand Chelem.

Mais également le plus petit à atteindre le top 8 depuis 1981, et l’homme le plus petit à se hisser en demi-finale d'un Grand Chelem depuis Roland-Garros en 1980 (records de Harold Solomon, 1m68).

Il ne s’est pas arrêté là Porte d’Auteuil, atteignant consécutivement les quarts de finale l’année suivante (battu une nouvelle fois par Nadal malgré un set remporté) et les huitièmes de finale en 2022 (sorti par Djokovic).

Mais ce n’est pas tout, puisqu’il parvient à se hisser deux fois en huitièmes de finale à l’Open d’Australie (2018 et 2020), et en quarts de finale à deux reprises également lors de l’US Open 2017 et 2019.

Battre les grands

Tout au long de sa carrière, Schwartzman a battu des joueurs bien plus grands et plus puissants que lui (dont 13 victoires contre des Top 10).

Il s’est offert une victoire contre Rafael Nadal sur terre battue (Rome 2020), contre Dominic Thiem (Montréal 2017, Buenos Aires 2019), Alexander Zverev (US Open 2019), Kei Nishikori (Rome 2019) ou encore Marin Čilić (US Open 2017).

Ces victoires ne reposent jamais sur un coup dominant unique, mais sur l’usure. Schwartzman oblige ses adversaires à jouer un coup de plus, à frapper plus fort et donc à prendre plus de risques.

Une carrière bâtie sur la constance

Au total, Diego Schwartzman a remporté quatre titres ATP en simple, principalement sur terre battue (ATP 250 d’Istanbul 2016, ATP 500 de Rio 2018, ATP 250 de Cabo San Lucas 2019 et ATP 250 de Buenos Aires 2021), sa surface de prédilection.

Mais au-delà des trophées, c’est sa constance qui impressionne. Pendant plusieurs saisons, il termine l’année dans le top 20 mondial, participe régulièrement aux Masters 1000, dont une finale (Rome 2020) et se qualifie pour les ATP Finals en 2020.

Cette même année justement, il élimine Rafael Nadal à Rome en quarts de finale (6-2, 7-5), bat Shapovalov en demies (6-4, 5-7, 7-6) mais perd en finale contre Djokovic (7-5, 6-3).

Concernant son incroyable victoire contre l'Espagnol, il déclarait à l'époque : « Rafa jouait incroyablement bien et j’étais dans une mauvaise passe depuis que nous avions recommencé à jouer depuis la pandémie.

Il m’avait été difficile de battre Hubert Hurkacz au tour précédent et je pensais qu’il me battrait. Nous avons joué la nuit et j’ai senti que peut-être grâce à cela, j’avais des options.

Dès le début, j’ai senti qu’il n’était pas aussi bien que je l’imaginais et quand je regarde les moments forts de ce match, je vois que j’ai joué parfaitement, tant en attaque qu’en défense et à cause des décisions que j’ai prises.

J’ai joué à 100% mille fois et je ne l’ai pas battu, mais j’ai tout donné et j’ai remporté la victoire ce soir‐là. »

Un héritage discret mais fort

© AFP

Diego Schwartzman n’a jamais prétendu changer le tennis. Pourtant, son parcours a permis à une catégorie de jeunes joueurs, conscient de leur différence de taille, de continuer à y croire.

Car être plus petit que les autres n’est pas seulement un défi technique, c’est aussi un poids psychologique.

Schwartzman a souvent expliqué devoir prouver davantage, match après match. Jeune, il était d'ailleurs surnommé « El Peque » (le petit).

Ainsi, il restera comme l’un des derniers joueurs de petite taille à avoir atteint un tel niveau dans le tennis masculin moderne, accumulant plus de 450 victoires en carrière.

Des chiffres qui, sans être ceux d’un multiple vainqueur de Grand Chelem, témoignent d’une carrière pleinement réussie dans un environnement extrêmement concurrentiel.

C'est pourquoi, en février 2025, à l'occasion de l'ATP 250 de Buenos Aires, il décida de poser les raquettes.

« Prendre sa retraite, c’est un long processus. Ma petite amie est la personne avec qui j’en ai le plus parlé. La retraite est quelque chose que vous pouvez sentir dans vos tripes.

Les gens qui la voient de l’extérieur vous encouragent toujours à continuer et à chercher d’autres moyens d’être performant, mais à la fin de la saison 2022, j’ai eu une mauvaise série dans les tournois en salle, puis j’ai remarqué que je n’étais pas si nerveux que cela les jours avant les tournois.

C’était comme si rien ne se passait. Mais vingt minutes avant les matchs, mon adrénaline augmentait et cela me rendait mauvais.

Ce que je faisais bien il y a des années était devenu un sentiment d’anxiété qui me faisait perdre le contrôle des matchs, et je n’aimais plus ça.

Je jouais mal, je n’avais pas envie de m’entraîner et je n’allais pas bien, jusqu’à ce que je me rende compte que je ne voulais plus continuer.

Pour ce dernier tournoi, que je gagne ou que je perde, cela n’aura pas vraiment d’importance », confie-t-il à la presse locale.

Il prend donc sa retraite après sa défaite en huitièmes de finale battu par Pedro Martinez (6-2, 6-2).

Une fin émouvante pour l'Argentin, qui a pu compter sur l'hommage de géants de ce sport tels que Rafael Nadal.

« Félicitations Diego pour ta grande carrière ! Tu as été un grand exemple de lutte et de dépassement de soi et je me réjouis que nous ayons partagé tant de moments sur le circuit ! Profite de ta prochaine étape. »

Des louanges pour celui dont le prénom, « Diego », a été choisi en référence à la légende du football Diego Maradona, encore plus petit que lui (1m65).

Enfin, à l’heure où les jeunes joueurs mesurent toujours plus tôt plus d’1,90 m, le parcours de Schwartzman pose une question essentielle : le tennis moderne laisse-t-il encore une vraie place aux joueurs de petite taille ?

Ou l’Argentin restera-t-il comme l’une des dernières exceptions d’un jeu en pleine standardisation physique ?

Modifié
Sources
Tennis Temple : « Diego Schwartzman : le joueur d'1m70 qui a déjoué les normes du tennis moderne »
Novak Djokovic
#4, 4700 points
Daniil Medvedev
#9, 3460 points
Alexander Zverev
#3, 5805 points
Carlos Alcaraz
#2, 12960 points
Jannik Sinner
#1, 14350 points
Kei Nishikori
#558, 70 points
Marin Cilic
#47, 980 points
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Règles à respecter
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fanspten44
/fanspten44 • 2 abonnés
Je me souviens d'un match à Roland Garros où Diego dominait Nadal. Il jouait super bien, Nadal était perdu sur le court avant qu'une longue interruption due à la pluie permette à Nadal de rentrer dans le match et d'éviter un potentiel deux sets à zéro..
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Oryx
Oryx • 430 abonnés
Je me souviens perso d une finale á Roma contre Nole, Perdue malheureusement mais quelle vivacité sur la court. Il va manquer ce garçon
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Hanazawa_Rui7
Hanazawa_Rui7 • 38 abonnés
C'est aussi mon plus grand souvenir de Diego :D
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3 réponses
Hanazawa_Rui7
Hanazawa_Rui7 • 38 abonnés
Diego <3
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BlastingT
BlastingT • 118 abonnés
Un super joueur.
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C2A
/C2A • 26 abonnés
Quand la petite taille est une exception, il faut forcément à une époque de géants, être exceptionnel. "El Peque" s'est fait un nom, une personnalité attachante et un jeu généreux.
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Talian
/Talian • 63 abonnés
Mon Diego 🥰
Mon joueur préféré de toute la vie !
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lena
lena • 153 abonnés
Les chiffres qui sont donnés dans l'article sont faux en ce qui concerne le nombre de matchs gagnés. Sur le circuit ATP, c'est 251 victoires pour 226 défaites, ce qui est peu pour un joueur qui a été dans le top 10 https://www.atptour.com/en/players/Diego-Schwartzman/SM37/overview)
Si l'on compte les victoires en challenger + ITF + ATP, cela monte à 579 vict pour 387 def
Pourquoi ne pas avoir fait cet article au moment où il a pris sa retraite, c'est à dire il y a 12 mois ?
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twisterplus
twisterplus • 44 abonnés
J'ai toujours admiré Diego, quel combattant ! notamment sur ses magnifiques passings en bout de course. Joueur formidable et modeste avec ça
daoudi
daoudi • 7 abonnés
Super article... une vraie foi en soi pour devenir un joueur de premier plan quand personne ne doit y croire vraiment...
JacquesH
JacquesH • 17 abonnés
Excellent article, mais une divergence de détail: Schwarzmann a-t-il "déjoué les normes du tennis moderne"? Pas vraiment: elles demeurent mais toute règle a des exceptions. Il en était une et il y en aura d'autres, qui resteront... exceptionnelles. Je dirais donc qu'il y a échappé...
Shutthefuckup Donny
Shutthefuckup Donny • 145 abonnés
Little Big Man. Grand respect pour Schwartzie 😉 !
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