Les titres d’Andy Murray à Wimbledon : un exploit sous-estimé ?
À Wimbledon, Andy Murray a porté pendant des années le poids d’un pays entier. Andy Roddick raconte une pression « rarement vue » et l’extraordinaire force mentale du Britannique pour la supporter.
Andy Roddick est toujours impressionné par ce qu’Andy Murray a réussi à accomplir à Wimbledon.
Pour l’ancien numéro un mondial, le Britannique a dû gérer une pression rarement vue dans le tennis.
Dans son podcast, Roddick a expliqué qu’il aimerait un jour s’asseoir avec Murray afin de comprendre comment il a réussi à supporter une attente nationale aussi importante.
Pour rappel, double vainqueur du tournoi londonien en 2013 et 2016, Murray ne jouait pas seulement pour remporter un titre du Grand Chelem.
Depuis la victoire de Fred Perry en 1936, aucun Britannique n’avait remporté Wimbledon en simple messieurs. Au moment de son premier sacre, l’attente durait donc depuis 77 ans.
Une pression rarement vue dans le tennis
L’attente autour de ses performances était devenue tellement forte qu’elle avait même des conséquences physiques.
Le Britannique a expliqué qu’à l’approche de Wimbledon, il souffrait régulièrement d’ulcères à la bouche et à l’estomac, provoqués par le stress.
Pour rester concentré pendant le tournoi, Murray avait mis en place une véritable stratégie d’isolement.
Il évitait les journaux, coupait la radio dans sa voiture, ne regardait pas la télévision et suivait très peu les autres matchs. Son objectif était de se protéger de toute la pression extérieure.
Il expliquait également qu’il préférait éviter de passer trop de temps seul, car cela pouvait l’amener à trop réfléchir et augmenter son anxiété.
Ses mains et son corps tremblaient sous l’effet du stress
Et lors de la finale de Wimbledon 2013 contre Novak Djokovic, la tension a atteint son sommet. Murray a raconté qu’au moment d’aller chercher une serviette pendant le dernier jeu, ses mains et son corps tremblaient sous l’effet du stress.
Après sa victoire 6-4, 7-5, 6-4 face au Serbe, le Britannique a ressenti avant tout un immense soulagement. Il savait qu’une nouvelle défaite en finale aurait probablement été considérée comme plus qu'une immense déception par le public britannique.
En 2016, Murray a remporté son deuxième titre à Wimbledon en battant Milos Raonic 6-4, 7-6, 7-6. Cette fois, débarrassé du poids de la première victoire, il a pu savourer pleinement son succès.
Malgré cette pression unique, son bilan à Wimbledon reste exceptionnel : environ 82 % de victoires et sept demi-finales disputées.
« Ils analysaient même ses pauses eau à l’entraînement » : Roddick raconte une attention médiatique extrême
Andy Roddick estime que la pression autour de Murray ne venait pas seulement des résultats, mais aussi de l’attention permanente des médias.
« Quand on jouait contre Murray, les premières pages des journaux pouvaient être consacrées à ses pauses hydratation pendant l’entraînement.
Ils analysaient même la boisson qu’il prenait : il y avait une substance rose dans sa bouteille… et en réalité, ce n’était que des électrolytes. Mais peu importe, ce niveau d’attention était incroyable.
La surveillance dont il faisait l’objet était énorme, probablement à cause de ce qui s’était passé avec Tim Henman.
Henman avait créé cette attente chez le public britannique : l’idée que cela pouvait enfin arriver, qu’un Britannique pouvait gagner Wimbledon pour la première fois depuis des décennies.
« Ce n’était pas une équipe entière qui portait cette attente : c’était une seule personne »
Voir Murray réussir à remporter ce tournoi avec toute cette pression sur les épaules, c’était un événement immense. Et pourtant, je pense que cet exploit est largement sous-estimé en dehors de la Grande-Bretagne.
On parlait d’écrans géants installés partout dans le pays, de centaines de milliers de personnes réunies pour suivre ses matchs. Mais au final, ce n’était pas une équipe entière qui portait cette attente : c’était une seule personne.
« Ce serait un rêve de pouvoir avoir une conversation honnête avec lui »
Le fait qu’il ait réussi à le faire une première fois, puis à recommencer, me donne vraiment envie de m’asseoir avec lui.
Ce serait un rêve de pouvoir avoir une conversation honnête avec lui sur ce qu’il ressentait réellement face à cette pression. Je n’avais jamais vu quelque chose de pareil, alors que j’étais moi-même impliqué et que je me trouvais de l’autre côté du filet. »
Lui devait gérer toute cette pression, toute cette attente. Moi, j’étais simplement là pour jouer. C’était incroyable. »