Djokovic, Sinner, Sabalenka : pourquoi les stars choisissent Dubaï pour leur préparation
Entre luxe, chaleur et performance, Dubaï s’impose comme le nouveau centre névralgique du tennis mondial. De Djokovic à Sinner, les plus grands y peaufinent leur jeu et leur condition physique.
Depuis les tournois d’exhibition de fin d’année jusqu’aux blocs d’entraînement hivernaux préparant les grands rendez-vous du circuit, Dubaï capte aujourd’hui l’attention des plus grands noms du tennis.
Cité souvent associée au luxe et aux gratte-ciel futuristes, elle s’est imposée, au fil de la dernière décennie, en une plateforme de préparation physique et stratégique pour les élites masculines et féminines.
Cette enquête propose de décrypter les raisons de cette attraction : du climat aux conditions d’entraînement, des motivations individuelles des athlètes à la dimension économique.
Dubaï, plus qu’une escale

La ville des Émirats arabes unis n’est plus seulement l’hôte d’événements comme les ATP 500 et WTA 1000 de Dubaï, fondés en 1993 et 2001, qui attirent chaque année de grands joueurs, elle est devenue un point de convergence pour la préparation hors saison.
D'abord, le climat joue un rôle essentiel : Dubaï compte plus de 300 jours de soleil par an, avec des températures élevées même en hiver (23-27°C), offrant une répétition climatique utile avant les rampes de lancement des saisons australienne et américaine.
Dans un sport où la gestion de la charge physique est devenue cruciale, la possibilité de s’entraîner en extérieur toute l’année sans dépendre des courts indoor européens est un réel avantage.
À ces conditions naturelles s’ajoutent des infrastructures modernes, ainsi que la présence de structures sportives haut de gamme et de centres de récupération sophistiqués qui rivalisent avec ceux des capitales européennes ou américaines.
Exemples avec la JSS Private School, le Dubai Marine Beach Resort, la FuturePro Tennis Academy ou encore le NAS Sports Complex.
De plus, Dubaï attire également grâce à son aéroport, l'un des plus connectés de la planète : (240 destinations desservies dans plus de 90 pays).
Un avantage notamment pour les joueurs européens qui doivent se rendre vers l'Océanie.
Djokovic, un modèle de performance

Novak Djokovic incarne l'un des modèles de l’utilisation de Dubaï comme base de préparation.
Le Serbe considère la ville comme un « second chez-lui », louant son climat et ses installations.
Djokovic a participé à de nombreuses éditions du tournoi de Dubaï, remportant le titre à cinq reprises au cours de sa carrière (2009, 2010, 2011, 2013 et 2020).
Une anecdote récente : il a utilisé les semaines précédant l’Open d'Australie pour prolonger des blocs d’entraînement dans la chaleur désertique avant de rejoindre Melbourne.
Pour ce faire, le Serbe a évolué dans le luxueux Atlantis Royal, complexe s'élevant sur 43 étages, offrant une vue sur la mer d’Arabie et Palm Island et qui compte également plusieurs courts de tennis privés.
Le joueur de 38 ans a pu parfaire sa condition physique, sa récupération, mais également ses gammes, comme en témoigne Arthur Cazaux, qui s'est entraîné avec Djokovic.
« Je l'ai remercié à la fin en lui disant que je ne m'attendais pas à une telle ouverture d'esprit venant d'une légende de notre sport.
Il m'a dit qu'il aimait vraiment partager. Alors quand un mec comme ça te dit des choses, ça s'imprègne directement en toi.
Il essayait de travailler un aspect technique sur un ou deux coups, que ce soit sur le placement ou l'intention. Il cherchait à rester sur sa ligne de fond et à prendre la balle encore plus tôt qu’avant ».
Djokovic n'est d'ailleurs pas la seule légende à avoir choisi Dubaï pour s'entraîner. Son ancien rival, Roger Federer, a lui aussi effectué des périodes d'entraînements là-bas.

En effet, le Suisse possède un appartement à Dubaï (dans la tour Le Rêve à Dubaï Marina).
Il s’est mis à fréquenter Dubaï au début des années 2000, puis a décidé d’y installer une base d’entraînement par la suite.
Plusieurs joueurs tricolores, comme Corentin Moutet ou Lucas Pouille, se sont même entraînés avec lui là-bas pendant la trêve hivernale.
« Je suis d'abord venu ici pour les vacances en 2004. Puis, quand je suis revenu du tournoi de Bangkok en battant (Andy) Roddick, je suis passé par Dubaï.
J’ai retrouvé Tony Roche pour une séance d’entraînement, une sorte d’opération confidentielle (rires). C’était un vol direct pour lui, alors on s'est retrouvé ici pour passer quelques jours ensemble.
Je me souviens qu’il faisait une chaleur brutale, environ 39 degrés tous les jours. Je me suis bien amusé à m’entraîner. C’était paisible, tranquille et j’ai plutôt apprécié cet endroit.
Je crois que je suis revenu une dernière fois en vacances et je me suis encore entraîné. Alors je me suis dit :"je pense que ça marche bien pour la pratique et le loisir."
C'est pourquoi, j'ai acheté un appartement. Tout s’est passé assez vite, pour être honnête. C’était drôle comment tout cela s’est déroulé. »
Sinner à la recherche de conditions proches de Melbourne

Chez les nouvelles générations, Jannik Sinner illustre une autre facette de l’attraction de Dubaï.
Le joueur italien, qui a notamment consacré trois à quatre semaines à la préparation dans l’émirat avant Melbourne lui aussi, met en avant l’importance de conditions climatiques proches de celles attendues à Melbourne.
Dans une interview accordée à la presse en marge de l’Australian Open, Sinner a raconté combien la répétition des conditions chaudes l’aide à anticiper les efforts physiques qu’il devra fournir sur les courts australiens, souvent défiants pour la thermorégulation des joueurs.
« C'était une très longue intersaison, trois à quatre semaines à Dubaï. Il faisait très chaud, humide. La météo n’est pas la même, mais très proche de celle de Melbourne », explique-t-il.
De plus, il partage avec d’autres aspirants du top mondial ce que certains analystes appellent des « camps d’entraînement partagés ».
Des périodes où plusieurs joueurs se retrouvent pour s’entraîner, échanger des sparring partners et partager des routines de fitness.
Cela donne à Sinner l’opportunité d’optimiser ses semaines hors compétition tout en restant au contact des standards de performance.
Sabalenka, une habituée des lieux

La situation d’Aryna Sabalenka est différente puisqu'elle réside entièrement à Dubaï.
Numéro 1 mondiale et championne régulière sur surface rapide, elle utilise donc logiquement Dubaï pour des phases de préparation ou d’exhibition.
« Comme nous commençons la saison en Australie (en janvier), Dubaï est l’endroit parfait pour faire la pré-saison car nous sommes à mi-chemin avec Melbourne.
Il y a tellement de vols directs d’ici. Le temps est magnifique, les courts de tennis sont super et il y a tellement de choses à faire en dehors du tennis.
Je pense qu’il est important quand on s’entraîne dur, de faire quelque chose en dehors du tennis, des choses pour s’amuser, se détendre et se détacher du tennis », a-t-elle déclaré au Khaleej Times.
Un hub global
Ce qui rend Dubaï particulièrement intéressant, c’est moins la présence d’une seule superstar que l’effet d’entraînement créé par « la ville » elle-même.
Comme l’expliquent de nombreux commentateurs, l’émirat est devenu un point de convergence pour l’élite mondiale, où de nombreux joueurs, aussi bien dans les circuits ATP que WTA, s’alignent pour des phases de préparation hors saison, profitant d’un environnement que beaucoup considèrent comme structurant pour une carrière longue et performante.
Badosa, Tsitsipas ou encore Dimitrov ont eux aussi posé leurs valises à Dubaï pendant l'intersaison.
Quant à Rublev, Khachanov ou encore Rybakina, ils résident totalement là-bas.
De son côté, Ons Jabeur a même décidé d'ouvrir son académie (Ons Jabeur Academy) en 2025 sur le campus HCT – Dubai Academic City.
De plus, au-delà du tennis pur, les joueurs tirent parti d’une fiscalité avantageuse à Dubaï.
Enfin, pour répondre à la question « Pourquoi Dubaï ? », cela ne se résume pas à un élément isolé.
C’est une combinaison de climat, d’infrastructures, de stratégies individuelles, d’économie sportive, et même de politique locale qui a permis à cette ville de devenir un carrefour majeur pour la préparation des stars du tennis mondial.
La mondialisation du circuit ATP et WTA, avec des calendriers de plus en plus exigeants, met en lumière une nouvelle réalité : choisir sa base d’entraînement n’est plus un luxe, mais une nécessité stratégique.
Alors que Dubaï consolide sa position, une question se pose pour l’avenir : verra-t-on émerger un nouveau tournoi majeur ou alors une évolution d'un tournoi déjà présent dans cette région-là ?
Avec l’accroissement de l'investissement local et l’intérêt croissant des joueurs pour les infrastructures, la réponse pourrait bien transformer à nouveau la géographie du tennis mondial dans les années à venir.
Dubaï ne pouvant désormais plus être considéré comme un paradis, mais bien ....comme un risque certain de rejoindre beaucoup plus vite le paradis, pour ceux et celles bien évidemment qui le méritent amplement ! Pour les autres, voyage direct en enfer !
Dubaï ne m'a jamais intéressé si pour pour faire escale.